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« Les vastes régions qui, sous la figure d’une double péninsule, s’étendent entre le golfe du Bengale et la mer de Chine, ne sont guère connues que par leurs côtes, l’intérieur présentant un champ de conjectures inutiles et fastidieuses1. »

Il y a juste cinquante ans que Malte-Brun écrivait les lignes précédentes sur les contrées où nous allons faire pénétrer nos lecteurs. Le savant géographe entrevoyait bien que toute la charpente de cette région était formée par quatre chaînes de montagnes sorties du Tibet, courant vers le sud et encadrant entre leurs escarpements parallèles trois longues et superbes vallées, arrosées par de grands fleuves ; mais il ajoutait que « les sources et le cours même de ceux-ci étaient à peu près inconnus ».

Le demi-siècle, si fécond en découvertes, qui a passé sur l’ouvrage de Malte-Brun, a soulevé une bonne partie des voiles qui couvraient l’Indochine. Deux guerres successives entre l’empire des Birmans et la défunte Compagnie des Indes ont poussé les Anglais dans la vallée de l’Irrawaddy ; ils l’ont explorée en conquérants et en ont réduit la moitié méridionale en provinces anglaises. Toutes les grandes sectes chrétiennes ont eu et ont encore des missionnaires dans l’Indochine, et plusieurs même possèdent des temples à Siam.

Le meilleur livre qu’on ait écrit sur ce dernier pays est l’œuvre d’un évêque catholique1. Les pages les plus intéressantes et les plus douloureuses des Annales de la Propagation de la foi sont consacrées à la Cochinchine et au Tonkin. De courageux missionnaires se sont établis depuis une douzaine d’années dans les marches sauvages de l’Annam et du Cambodge ; ils ont navigué sur le grand fleuve Mékong, l’artère de la grande vallée orientale de l’Indochine, et ont signalé à la géographie le vaste lac Tonlé-Sap et les ruines antiques qui dorment sur ses bords {[la cité d’Angkor Thom]. L’honneur de relier ensemble toutes ces découvertes, de décrire, de dessiner ces ruines, de traverser la chaîne qui sépare les deux bassins du Ménam et du Mékong, et de remonter ce dernier fleuve jusqu’aux frontières de la Chine était réservé à l’un de nos compatriotes, M. Mouhot, choisi pour cette mission par les sociétés scientifiques de Londres. Il a payé cet honneur de sa vie, et nous remplissons tout à la fois un devoir envers sa mémoire et un vœu de sa famille en offrant à nos lecteurs la primeur du journal de voyage et du portefeuille vraiment artistique de ce jeune et regretté savant.

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