Le déclin et la fin de l’Empire français en Extrême-Orient 19

La paix de Genève : une simple pause ?
Par les accords du 21 juillet 1954, le Vietnam était divisé provisoire¬ment en deux zones, de part et d’autre du 17e parallèle, jusqu’à l’organi¬sation d’élections générales qui décideraient du sort du pays. Le Laos fut partagé de fait entre le gouvernement royal et le Pathet Lao du prince Souphanouvong, allié de la République démocratique du Vietnam. Seul le Cambodge recouvra son intégrité territoriale et politique. Ce n’est pas un traité en bonne et due forme qui fut signé ce 21 juillet, mais une « déclaration commune ». Celle-ci exposait les principes dont devait s’inspirer le règlement politique du conflit indochinois. Une telle procé¬dure était due au refus des Etats-Unis et du gouvernement nationaliste vietnamien de ratifier le document final de la conférence. Le 22 juillet, Ngô Dinh Ziem, chef du gouvernement nationaliste de l’Etat du Vietnam, élevait une protestation solennelle contre les accords qui « livrent la moitié du Vietnam aux communistes », et il exprimait l’espoir qu’un jour le pays serait « réunifié et libre ». Le 23 octobre 1954, le général D. Eisenhower, président des États-Unis, assure Ngô Dinh Ziem de son soutien inconditionnel contre la subversion communiste. Ainsi, de nouveaux protagonistes entraient enjeu et mettaient en place une nouvelle donne. A l’issue de la conférence, les problèmes indochinois étaient rien moins que résolus. La rencontre de Genève avait validé la place de chacun sur l’échiquier politique en lui reconnaissant ses acquis et en entérinant ses pertes. Une décennie plus tard, la question indochinoise se posait à nouveau.
Le bilan d’une guerre
Le nombre total des victimes de la guerre est évalué à 500 000. Le conflit avait coûté à l’armée française 59 745 tués et disparus, parmi lesquels 2 005 officiers. Le coût financier s’était élevé à 2 385 milliards de francs. Une majorité de l’opinion française n’adhérait plus aux buts de cette guerre où le contingent des appelés ne fut pas engagé. Le dénoue¬ment du conflit satisfaisait sa lassitude, mais l’incapacité des gouvernants de la IVe République (qui se succédèrent à travers de nombreuses crises) à y mettre fin contribua à discréditer le personnel et les institutions du régime : « La République est morte à Dien Bien Phu » est, certes, une formule lapidaire et donc simplificatrice, mais ce qui fit figure du désastre a certainement porté un coup immédiat à l’Empire colonial français et, à terme, a aussi ébranlé la République parlementaire. Il n’est pas jusqu’à l’institution militaire elle-même qui ne fût traumatisée par la première défaite subie dans une guerre coloniale. En premier lieu, le corps des offi¬ciers, dont certains voulurent tirer des leçons de cette défaite : gagner la population civile à leur cause devint la préoccupation majeure des tenants de la « guerre psychologique » qu’ils devaient systématiser en Algérie. De l’art de la « guerre populaire », certains officiers ne retinrent que des recettes : quadrillage physique et viol psychologique par une propagande intensive. De telles méthodes avaient été employées par les Vietnamiens vis-à-vis de la population et des prisonniers de guerre français mais elles avaient été combinées avec d’autres ressorts propres à les faire accepter par les Vietnamiens, sinon par des étrangers. Par ailleurs, les autres entités de l’Union française reçurent l’onde de choc de la guerre et de la défaite française. D’importants contingents du corps expéditionnaire étaient composés de tirailleurs marocains, algériens et sénégalais. La part du recrutement outre-mer est passée de 38 % en 1947 à 60 % en 1952 et elle est redescendue à 55 % en 1954. Il faut ajouter 65 000 légionnaires aux 55 000 Africains et aux 110 000 Nord- Africains. Ceux d’entre eux qui furent capturés furent soumis à la propagande anticolonialiste. Le prestige de la révolution vietnamienne avait grandi dans le monde. A peine la conférence de Genève avait-elle pris fin que l’insurrection commença au Maghreb.

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